Histoire

Un poilu de la Grande Guerre, pas tout à fait ordinaire

Histoire d’un poilu de la Grande Guerre

A chaque 11 novembre je ne peux m’empêcher d’avoir une pensée émue pour tous les poilus et victimes (civils ou militaires) de la grande guerre, mais aussi pour mon malheureux arrière grand père, Emmanuel Deveye, qui, le 12 janvier 1915, lors de la bataille de Crouy près de Soissons, sera capturé par l’armée Allemande puis porté disparu selon l’armée Française, tout comme 419 de ses camarades du 64eme Régiment de Chasseurs Alpins.

Le récit glaçant de cette journée dans le Journal des Marches et Opération (J.M.O.)

Poilus de la grande guerre mondiale Journal des marches et opérations

Dès le matin du 12, avant d’avoir (…) dans le labyrinthe des tranchées qu’il occupait depuis la veille au soir, le bataillon est (…) d’une (…) contre-attaque allemande.
Cette (…) commencé dès le lever du jour par un bombardement très intense sur toutes les tranchées est ensuite (…) par l’infanterie allemande qui se présente par masses et bien que décimée par notre artillerie(1) et le feu de notre infanterie se reforme constamment, et continuent d’avancer en réponse au bataillon du 276eme qui occupait les tranchées allemandes conquises la veille.
Le 64eme se trouve alors directement engagé et tient ses positions toute la journée jusqu’au moment où, par suite de la disparition du 60eme régiment d’infanterie qui était à gauche, il se trouve (…) et pris à revers par l’armée Allemande

Avant que la journée s’achève on consigne méthodiquement les pertes de la journée…

Poilus de la grande guerre mondiale (14-18) Consignement des victimes dans le JMO

…puis comme il est d’usage, on procède méticuleusement au dénombrement des pertes subies. Le Seconde Classe DEVEYE Emmanuel fait partie des disparus.

Poilus de la grande guerre mondiale (14-18) Consignement des victimes dans le JMO

Passé l’effroi d’avoir été capturé par l’ennemi, j’imagine que la peur a laissé place à une forme de soulagement.

Soulagé de sortir de cet enfer sans avoir sauté sur une mine, pris un coup de baïonnette dans les entrailles, gazé au Chlore ou bien encore enterré vivant sous les monceaux de débris soulevés par les incessants pilonnage de l’artillerie, soulagé d’être miraculeusement encore vivant !

Le soulagement ne durera sans doute pas très longtemps. Il sera interné durant 3 ans dans différents camps de prisonniers en Pologne, à Lubań puis à Strzałkowo dont il ne ressortira pas vivant. Contractant une maladie (le Choléra ou Typhus sans doute) il décède le 8 novembre 1918, soit 3 jours avant la proclamation de l’armistice.

Il est parti sans même avoir la satisfaction que son sacrifice n’avait finalement pas été vain, que cette saloperie de guerre qui avait fait 21 228 813 victimes civiles et militaires venait de cesser.

Epilogue

L’histoire pourrait s’arrêter là, mais à l’horreur de la guerre succède bien souvent le chagrin des civils.

Parmi les documents retrouvés par mon oncle dans la maison de famille, il y avait ce tout petit bout de papier que mon arrière grand-mère (que j’ai connu) avait conservé précautionneusement durant toutes ces années dans une petite boite en fer.

On y apprend que, sans nouvelles de son époux depuis Septembre 1918, elle s’est rapprochée des autorités, qui le 22 Janvier 1919 peuvent enfin indiquer sur le bordereau “Enquête terminée”. Ces enquêtes étaient menées semble t’il à l’époque par l’AIPG, l’agence internationale des prisonniers de guerre.

Madame Léontine DEVEYE, alors blanchisseuse au service de Monsieur Cornillac, est officiellement veuve de guerre.

Poilus de la grande guerre mondiale (14-18) Enquête sur décès Emmanuel Deveye

(1) On peut douter de la véracité de ce témoignage quand on constate l’hécatombe subit par le régiment. Le mensonge ne se limitait sans doute pas seulement à la presse, pour éviter toute démobilisation il est fort probable que les difficultés de l’armée française étaient quelque peu édulcorées et à l’inverse que les faits d’armes étaient parfois romancés. Un article intéressant à lire dans Le Monde à propos de la censure et des mensonges durant la première guerre: En 1914, la presse accepte la censure parce que la France participe à l’effort de guerre

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